Les tribulations de Grand Voyou vers la Méditerranée : épisode 3

Mojito 8.88 Grand Voyou

Quelques mots sur notre voilier ⛵️. Pour ceux qui l’ignorent, notre premier voilier habitable était un Jeanneau, plus précisément un Sun Way 21 de 6,5 m que son vieux propriétaire avait baptisé “Voyou” en 1990. Nous l’avions découvert en 2013 dans la zone technique de Canet en Roussillon, dans les Pyrénées Orientales, un de ces dimanches après-midi d’hiver ou l’on déambule en rêvant devant les quais déserts .
Ce petit Voyou devait trôner sur son ber depuis longtemps déjà et sentait un peu la fin de vie. Cependant, ses formes,  son gabarit et son allure encore modernes ont attiré mon attention. J’en fit part à Bénédicte et lui fit remarquer que ce serait un atout primordial pour compléter sa marina de Port Leucate. Le prix affiché m’était accessible, nous avons noté le téléphone et je me promis de négocier cette acquisition dès le lundi matin. L’affaire fut conclue rapidement, le bateau était très complet car c’était le dernier bateau de son propriétaire, devenu trop âgé pour naviguer. Aussi nous a t il tout cédé: matériel de sécurité, moteur pare-battage, etc…
Le convoyage de Voyou depuis Canet jusqu’à Port Leucate fut aussi notre première aventure commune.
Bénédicte et moi étions “jeune couple”, nous n’habitions même pas encore sous le même toit et ce voilier fut notre premier projet commun. En matière de voile Bénédicte était quasi béotienne, j’étais un pur produit de la voile légère, j’ai toujours eu des bateaux mais c’était mon premier “habitable”.
Les quelques milles séparant Canet de la marina de Port Leucate se sont bien déroulés, ce convoyage a montré tout le potentiel de ce petit bateau plus marin plus rapide que je l’imaginais. Dès le départ, tandis que je prenais mes marques avec hésitation et une grande concentration, Bénédicte se travestit en paparazzi en prenant des photos à tout va. “Voyou” pris la mer avec assurance en direction du Nord, poussé par une petite brise marine sous un soleil radieux. Il nous a séduit et agréablement surpris. Nous qui l’avions acquis avec pour simple objectif de faire des ronds dans l’eau sur l’étang du Barcarès, il nous démontrait dès cette première sortie tout le potentiel qu’il détenait et nous prouvait qu’il serait possible de naviguer sereinement en pleine mer.
“Voyou” fut nettoyé,  choyé, aimé. Nous l’avons customisé avec une vitrophanie criante sur ses flancs pour lui donner un look résolument moderne. On lui offrit une garde robe neuve ( remplacement des voiles). Un pilote automatique est venu faciliter la navigation. Un spinnaker asymétrique et un bout-dehors ont renforcé les performances par petit temps. Un moteur électrique est enfin installé pour garantir le silence, légèreté et simplicité d’utilisation.
Les mousses de la literie ont été remplacées. L’espace intérieur relooké, les vaigrages remplacés par une peinture flaschy. L’espace nuit réaménagé pour nous bénéficier un couchage double XL.
Ce “Voyou” nous a promené les Weekend et vacances  dans les  criques pyrénéennes et jusque dans les ports Catalans.
il nous a donné aussi l’envie de plus larges randonnées.
C’est en feuilletant des magasines de voile que je jouais à imaginer quel serait le bateau ideal:
Il serait leger, rapide. Il serait véritablement habitable , on pourrait y cuisiner, Il serait petit moins de 10 m pour pouvoir naviguer seul ou en équipage réduit. Il serait très marin pour affronter le mistral et la tramontane. Il aurait un faible tirant d’eau pour accéder au plus profond des criques. Il serait raide à la toile ( peu de gite) car Bénédicte déteste naviguer le  à l’horizontale. On pourrait s’y tenir debout à l’intérieur et l’espace serait décloisonné type open space.
Il serait innovant, funny, atypique , anticonformiste parce que nous sommes comme cela. Il serait accessible financièrement.
Il garderait les qualités de notre “Voyou” mais en plus grand. Il serait un nid d’amour plus confortable pour notre couple.
Le Mojito 8.88 et 3 autres voiliers correspondaient en tout ou partie de ces critères.
Je quitte le virtuel et les descriptions sur papier pour prendre conscience des volumes  de chacun lors d’une visite au salon nautique de Paris. 

Bénédicte me voyant le nez toujours fourré dans les comparatifs de bateaux, Voile et Voiliers, Voile Magasine et autres presses spécialisées, demande: ” par curiosité, idéalement, quel serait le voilier de tes rêves?” Je lui présente le Mojito 8.88 et ses atouts par rapport aux autres: son roof panoramique façon Lagoon, son annexe toujours prête rangée dans son garage, son grand cockpit, sa quille repliable, sa largeur importante, sa plage de bain à l’avant …
Le 4 juin c’est mon anniversaire, mon cadeau cette année sera la visite du chantier IDB marine à Concarneau à 1200 km de Montpellier et un essai du Mojito 8.88 ;  je suis aux anges. 
Le bateau est séduisant , l’essai même sans vent et dans la brume nous laisse une impression de stabilité et de sérénité.  
Un devis est établi. Le séjour en Bretagne est magique ; un réel dépaysement pour nous et pour compléter le tableau, cette Bretagne nous régale d’une cuisine que nous apprécions. Les homards, langoustines et galettes du Chaperon rouge tiennent les rôles principaux de ce festival culinaire . 
De retour à Montpellier on fait nos comptes , on formalise le montage financier du projet et on fait le pas !

On suit la construction de la coque grâce à Pascal d’ Idbmarine qui nous envoie régulièrement des photos ; c’est appréciable de suivre l’avancement à distance. Un aller retour Concarneau Montpellier est programmé pour que nous puissions faire la déco de la coque avant la mise à l’eau.

Le voilier s’appellera “Grand Voyou”, écrit en fuchsia sur toute la longueur de sa coque. En souvenir de “Voyou” et pour garder son état d’esprit. Ce look tapageur et décalé fait le buzz dans les ports. Le bateau attire instantanément la sympathie des badauds  et des boscos dès le premier regard. Pour trouver une place quand le port est plein ça aide…!
Nous avons 3 possibilités pour rapatrier “Grand Voyou” vers Montpellier : sur un camion, par le canal du midi, en faisant le tour de l’Espagne et du Portugal.
Le camion, solution chère qui nécessite de remonter le mât à l’arrivée ; ça ne me branche guerre. Le canal, ses 165 écluses à passer et 12 jours de moteur, j’ai trop envie de naviguer à la voile.
Le tour de la péninsule Ibérique ; et si c’était nos vacances 2017 ?

 

Ce sera le Grand tour !

Au mois de mai 2017 , “Grand Voyou” est mâté et mis à l’eau;  nous remontons à Concarneau pour une semaine. Nous naviguons 5 jours pour la prise en main.
Nous équipons “Grand Voyou” en vue du départ. Je devrais plutôt dire Bénédicte s’attelle à suréquiper “Grand Voyou” avec sérieux et passion. Je veille à la facture poids pour le reste Bénédicte choisit le meilleur matos sans concession.
Le 1er Juin c’est le Grand départ et à l’heure où je vous écris cela fait 23 jours que nous sommes en mer  et nous pensons avoir fait le bon choix. Même si nous sommes très en retard sur notre programme et “Grand Voyou” ne sera jamais à Séte début juillet comme je l’avais prévu mais nos vacances sont réussies et géniales.
Le Mojito 8.88 est un bon voilier : il assure. Il nous a surpris par son aisance à franchir la forte houle que nous avons subi quasiment toute la décente du Portugal jusqu’au cap Saint Vincent. Ce voiler rivalise en vitesse face à des unités bien plus grandes (12 à 14 m) alors même que nous avons conscience de ne pas encore savoir tirer le meilleur de ses facultés.:

Voiles en ciseaux devant le cap Finistère  : avec vue sur STIRVEN un joli 15 m qui fait route avec nous depuis la Bretagne il tente de nous lâcher chaque jour mais on résiste : on est en régate !  Bon quand le vent tombe, au moteur, il nous met la misère mais on se refait des que le vent souffle. Il sait naviguer le bougre. Aux escales, on se croise sur les pontons et on se mare. Le lendemain la régate continue jusqu’à Porto et on se dit adieu par VHF.

 Il est facile à manœuvrer ; les prise de ris sont un jeu d’enfant, il navigue à plat même au près. Nous nous félicitons chaque jour d’avoir opté pour un genaker : la voile la plus utilisée à ce jour ainsi qu’un mât carbone qui limite beaucoup les mouvements de ce bateau qui reste une petite unité .
Ce Mojito 888 attire l’œil et la curiosité sur tous les pontons sur lesquels nous avons accosté. Il ne laisse jamais indifférent et les questions fusent ; le contact est rapide. En fait , le Mojito 888 est connu et reconnu, souvent les marins le voient pour la première fois mais il est identifié dans la plus part des cas.
Jusqu’à cette nuit où un espagnol qui rentrait sur le bateau voisin vers minuit alors que nous dormions, s’est mis à décrire à sa compagne les particularités du Mojito 888 et à s’extasier d’envie sur le mât en carbone. Le tout dans un Espagnol assez fort pour nous réveiller et nous faire sourire.
Aux escales, nous apprécions le taud de soleil intégré au lazybag surtout depuis que nous avons passé le cap Saint Vincent ; nous avons dit adieu sans regret à la houle Atlantique pour naviguer dans le golfe de  Faro puis dans le golfe de Cadix mais la différence c’est la température. Le thermomètre s’affole , nous sommes contraints de nous arroser régulièrement. Nous installons une voile d’ombrage en plus de la capote pendant la navigation.
Aujourd’hui  à l’arrivée à Mazagon ( Huelva) , j’ai bricolé un brumisateur de cockpit avec le tuyau d’arrosage suspendu et fixé sous la bôme , le pistolet bloqué en mode vaporisateur , un dispositif sous lequel nous sommes restés très longtemps.

Durant ce périple nos voisins de ponton sont toujours des bateaux plus longs pour deux raisons : la première est simple, peu de voilier de moins de 9 m se lancent dans un tel voyage. La deuxième raison tient à la taille du Mojito 888 : sa largeur importante 3,45 m par rapport  à sa longueur, conduit les boscos à nous apponter sur des places de bateau de même largeur mais beaucoup plus long (12 /15 m). Nous sommes toujours le plus petit voilier du quai ce qui n’empêche pas le regard curieux, amusé et admiratif de nos riches voisins.

Depuis hier nous sommes en Méditerranée, drôle d’impression !! Nous avons un pied chez nous, même si La Grande Motte, notre destination finale , est encore très loin.  Nous ne sommes pas de grands marins , plutôt des caboteurs du dimanche et le périple que nous vivons est de loin l’aventure la plus importante vécue en mer.  Ce tour de l’Espagne,  c’est notre “petit tour du monde” à nous et le passage de Gibraltar restera un moment fort sur tous les plans.

Quelle émotion, quand nous arrivons à Sotograndé après avoir franchi le détroit de Gibraltar une première pour nous. Yes!!! On l’a fait!  Ça peut  paraître idiot mais ce passage était un objectif, à la fois attendu et redouté. Nous avons l’impression et la satisfaction d’avoir fait notre petit exploit.
 Concentration maximale pour le passage du détroit. Jamais je n’ai croisé autant de cargos. L’AIS, un instrument pourtant redoutable et très apprécié durant toute la croisière, sature totalement. L’écran est noir, une énorme toile d’araignée illisible apparaît et se métamorphose chaque minute. L’AIS  à atteint sa limite d’utilisation,  il restera assez illisible même en modifiant l’échelle.
Une navigation complexe , le détroit est étroit, les courants imprévisibles provoqués par les marées mais aussi par le fait que la Méditerranée est plus basse de 40 cm par rapport à l’Atlantique et se remplit via Gibraltar en permanence. Éléments importants, les tombant de fonds sont vertigineux provoquent en surface des courants improbables ils engendrent une mer croisée et agitée. C’est une nouveauté pour nous, nous apprenons à naviguer en fonction du vent de la marée mais aussi par rapport à la géomorphologie des fonds, chose que nous n’avons jamais appréhendée dans nos périples précédents.
Ici dans le détroit, plus encore qu’ailleurs, le cumul de ces éléments perturbateurs rend cette traversée unique.
La météo était favorable, le vent soufflait d’Ouest en Est et la houle dans le même sens. Il était prévu  qu’en début d’après midi Éole enverrait quelques piques à plus de 30 nœuds. Fort heureusement, nous sommes passés avec une heure trente d’avance sur nos prévisions et “Grand Voyou”  a traversé les 10 miles du détroit sous genaker seul, à une vitesse très importante puisque nous ne sommes jamais descendus en dessous de 8 nœuds. Un vent modéré de 15 nœuds, associé au courant nous étaient favorables et en dehors des mouvements incompréhensibles des vagues, ce fut un navigation intense mais plutôt facile. Curieusement, c’est en contournant le rocher de Gibraltar et en remontant vers le Nord en direction de Sotogrande que les difficultés sont apparues. Nous venions d’enrouler non sans mal le genaker dans un vent qui montait à 20 nœud. La Grand voile était  à peine hissée au près bâbord amure quand le vent nous à cueilli d’un coup; une claque à plus de 30 nœuds. “Grand Voyou s’est couché, nous avons choqué, ouvert le chariot dans la foulée et Grand Voyou” s’est courageusement relevé mais les claques se sont succédé avec violence. Nous avons alors  pris un ris puis quelques minutes plus tard, toujours bousculés par les effets du rocher,  un deuxième. C’est dans cette configuration au près serré, deux ris dans la GV et en rasant la plage pour éviter le clapot , l’écoute de GV toujours bien en main, que nous avalons les 10 miles restants à plus de 6 nœuds tout de même !
Nous rejoignons notre abri pour la nuit, Sotogrande….

 

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