Le Malango 1045 ‘Russula Maris’ sous l’orage !

Lundi 17 juillet

Départ vers 14h00 de Concarneau -vent faible puis grand calme accompagné d’une multitude de mouches et moucherons. Direction Port-Louis

Mardi 18 juillet

De Port-Louis à Le Palais (Belle Île) Petite pluie  dans la nuit, le matin le vent est Est 3 à 4

Prévisions : ESE  100° 3 à 4 tournant SE vers 12h00 rafales à 6 sous les grains, orages.

La navigation démarre avec un vent sympa. À la sortie de la rade de Lorient le ciel se couvre. Au large de Belle Île  et de Groix le ciel est très sombre.

A bord tout le monde s’équipe : cirés et gilets de sauvetage – 2 harnais sont sortis. Il est 10h00 nous avons environ 20 milles à  parcourir avant d’entrer dans le bassin à Palais (avant 14h00) . Nous serrons le vent pour tourner avec lui. Nous prenons le temps d’observer le ciel et la couverture orageuse qui se déplace à  l’inverse de notre vent de surface. Grand voile haute et génois 110% nous avançons à 6,5 nds. Nous avons mis en route le traceur, l’anémomètre, le sondeur et le pilote SIMRAD. Nous n’avons pas allumé la VHF ni l’AIS.

L’équipage admire les « flashes » qui commencent au large de Groix avec un ciel qui s’assombrit de plus en plus,  cela dure. L’orage se déplace, les éclairs, le tonnerre ça se rapproche, je n’aime pas ça.  Je reste concentré sur la marche du bateau et notre environnement. .. les autres bateaux… l’allure… les grains .  Tout à coup l’anémomètre donne des infos incohérentes des nombres supérieurs à 100 nds puis s’arrête,  je décide de le débrancher du réseau. Le reste de l’électronique fonctionne correctement.  L’orage se rapproche, toujours pas de signe de vent fort sur notre secteur. Nous sommes entre Groix et Etel à environ 4 milles. La pluie arrive et bouche notre horizon, devant nous une zone où  la pluie est plus intense. L’allure du bateau est toujours «  près-bon plein »

En une fraction de seconde, le bateau accuse une gite importante  de 45°, je choque la GV aidé de Brigitte,  la seconde suivante, comme soufflé, Russula Maris gite encore plus : environ 60°. Là ça devient très  sérieux, encore un coup et le dessalage arrive comme en dériveur mais nous sommes sur un quillard de 3,70m de large, il faut descendre choquer le génois,  le winch est près de l’eau : ne pas tomber ! Le génois choqué,  les deux voiles battent et le vent se fait entendre mais le bateau se redresse.  Nous crions pour nous faire comprendre. Les éclairs, le tonnerre c’est le feu d’artifice, il faut rouler le génois : action difficile mais je gagne. La GV bat furieusement, prendre 2 ris : l’enfer,  la mer est plate. On met le moteur en route et on affale. Le moteur lancé, son bruit était inaudible et des trombes d’eau s’abattent sur nous.  Le rinçage des voiles, du pont, des cirés  et des bonhommes est fait !!

En 5 minutes environ tout se calme, l’équipage reprend son souffle. L’horizon se dégage,  le reste de la traversée se fait avec un ris et on roule le génois avant l’arrivée  des grains suivants on roule, on déroule et le ciel s’éclaircit… Je décide de remettre l’anémomètre en marche. Encore très humide avec les pieds mouillés en chaussures de pont j’approche le câble réseau  et à environ 1cm je déclenche un arc électrique  et me prends une bonne châtaigne.  L’anémomètre ne sera pas branché et en plus je n’ai plus d’électronique : plus de vent, plus de sondeur mais surtout plus de pilote. Seul le traceur me reste fidèle.

Arrivée à Palais, je décide d’appeler  Pascal, le spécialiste de l’électronique chez IDB marine. Par téléphone,  je suis les conseils de reset du réseau et des sources, nom des produits etc…Le réseau, la dorsale est KO. On verra ça à Concarneau.

Mercredi 19 vélo sur l’île avec un beau grain en vélo

Jeudi 20 Retour , le vent est W 4 à 6, la mer est agitée.  Départ 14h30 sortie du bassin nous décidons de nous arrêter à Lorient. Tirer des bords pour Concarneau nous ferait arriver tard dans la nuit dans une mer agitée.

Vendredi 21 et samedi 22 pluie vent SW 20 à 35 nds- mer forte

Dimanche 23 Retour vers Concarneau avec la pluie et une dépression se déplaçant.  On attend le SW  15 à 20 nds  et le vent arrive du NE 10 à 5 nds.

Dépannage : lundi matin RDV est pris avec Pascal pour constat vers 12h30 à bord de Russula Maris « On ne démonte rien »

Pascal fait les vérifications d’usage avec réseau/ source/produit. On branche, on débranche,  on isole, on s’éloigne dans la hiérarchie du branchement et hop les quelques instruments restant apparaissent.  Test des câbles de la dorsale NMEA, la « sanction » tombe : l’anémo, le sondeur, un répétiteur de la table à carte et la sortie NMEA de l’AIS  sont HS. Pascal me propose de passer chez moi récupérer l’ancien anémo/girouette  et il a en stock  une sonde loch-speedo. Dans l’après-midi,  Pascal est à bord pour valider  « l’ordonnance ». Tout fonctionne, il ne me reste qu’à monter au mât  pour faire l’échange  des anémomètres.

Le lundi 24 à 19h00 Russula Maris  et son skipper ont retrouvé  tous leurs adjoints. Merci à Pascal et au chantier IDB.😁

Chaque problème rencontré nous permet de voir que notre 10,45 est vraiment un bon bateau et qu’on peut lui faire confiance.

Semaine très riche  en enseignements !

Sur le plan de la navigation :

  • On aurait pu rester au bistrot ! Mais nous sommes sur un bateau hauturier
  • Aborder les grains en les saluant = rouler le génois à défaut de prendre le ris
  • Grâce à la table de cockpit mes 3 équipiers ont tenu les pieds appuyés à la table par 60° de gite
  • Tout le monde avait son gilet mais une chute à la mer à ce moment là. .. le harnais aurait dû être capelé par tout le monde

Sur l’électronique

Avec l’orage autour de nous, il aurait fallu :

  • Arrêter toute l’électronique anémo, sondeur, pilote
  • Débrancher du réseau l’anémo et le sondeur, je pense que l’anémo et ses 15m de câbles ont pris ( sans éclair ) une charge d’électricité importante et le fait de rebrancher sur un sondeur (donc dans l’eau) avec une différence de potentiel importante a provoqué l’arc électrique. En électricité on ne rebranche jamais en « charge » : faute de débutant !

J’aurais dû lire attentivement le chapitre 13.6 de « météo et stratégie » de Jean-Yves Bernot.

 Les anecdotes

Paroles de Pierrick , équipier :  «  c’est la première fois que je vois la tête de mât sans lever la tête ! »

Après que le bateau se soit redressé nous avons jeté un rapide coup d’œil à  l’intérieur  : pas de grand chambardement, des glissements de coussins, un bol qui était dans l’évier par terre. On verra tout ça plus tard. Plus tard on découvre qu’un  bol a disparu. Il était dans l’évier, on le retrouve dans l’équipet opposé du carré, joli vol plané heureusement ce n’était qu’un bol. Par contre quelle surprise : grand chantier dans la salle d’eau presque tout est par terre en vrac. Il faudra améliorer nos rangements et aménagements.

9 réflexions au sujet de « Le Malango 1045 ‘Russula Maris’ sous l’orage ! »

  1. Ce genre de récit vécu est toujours intéressant.
    Merci beaucoup.
    J’ai vécu moi même un bref mais très violent orage l’été dernier en arrivant à Port Haliguen avec mon Mojito 888 : j’ai roulé le genacker, coupé toute l’électricité (tous les boutons) et mis en route le moteur juste avant que ça éclate. Très fort coup de gîte et trombes d’eau. J’ai mis ma GV en drapeau, 2 éclairs assourdissants, et 5 minutes après, tout était terminé et calme… Aucun pb pour remettre en route l’électronique du bord.

  2. Belle aventure. Il faut se méfier des orages et ne pas hésiter à réduire sous la menace. Leçon apprise en naviguant dans les îles grecques.

  3. Bonsoir Pascal,
    L’été dernier, un voilier anglais a été frappé par la foudre au port du Bloscon à Roscoff, avec un départ d’incendie et toute l’électronique HS. Nous étions à bord, et notre mat (Malango 870) était heureusement loin d’être le plus haut. Notre électronique était off. Nous n’avons eu aucun dommage. Le temps que je me dise qu’il aurait fallu mettre le gréement au contact de l’eau avec la chaine de mouillage, il etait trop tard car l’orage était sur nous. Je me demande depuis s’il ne faudrait pas mettre une tresse entre les cadènes de haubans et la quille. Qu’en penses-tu ?

    1. La mise à la masse du gréement est un vaste sujet.
      Certains voiliers sont équipés en effet de circuits de masse entre les boulons de quille et les haubans. Ceci dit, si la foudre les frappe, la tresse ne pourra jamais absorber l’intensité qui passerait et de toute façon il y aurait autant de dégâts avec ou sans masse. De plus la foudre peut trouver le mât ainsi raccordé comme le passage préférentiel dans la zone…

      Le passage de la foudre dans le gréement va de toute façon endommager tous les circuits électroniques qui traînent sur le passage ou à proximité. J’ai un souvenir de voir la foudre tomber sur le mât avant du cargo sur lequel j’étais de quart : ce mât était bien à la masse… il a survécu…. mais des antennes HF et VHF qu’il portait ne restaient que les fixations….
      Bref, la mise à la masse du gréement n’est pas un gage de tranquillité.. peut être même au contraire.

      Donc en cas d’orage, on coupe toute l’électronique et si on peut, on déconnecte l’antenne VHF du poste VHF et le cable de l’aérien.

  4. Nous nous sommes pris le même orage (on venait de sortir de port Tudy) avec déluge, visi très réduite et éclairs à 1 a 2 km au sud. On avait toute l’électronique y compris pilote,

  5. Nous nous sommes pris le même orage (on venait de sortir de port Tudy) avec déluge, visi très réduite et éclairs à 1 a 2 km au sud. On avait toute l’électronique y compris pilote, je ne pense pas que c’est une bonne idée de débrancher (donc ouvrir les connections) en revanche on aurait dû tout couper. En même temps, on avait un mayday en cours d’un voilier partant au tas sur des rochers au sud de groix (finalement pris en charge par la SNSM) . Mais assez violent quand même. Peu après, le vent était tombé a 3 ou 4 noeuds tournant partout, on avait bordé les voiles quand c’est remonté à environ 25 nds en 45 s. Même en choquant la GV a la volée, on était vautrés sous autovireur seul

  6. Et autre remarque, très bon matos sur le bateau, on prend le premier comme le second ris très vite et sans gros effort, de même l’enrouleur permet d’enrouler l’autovireur vite et bien, sans blocage ni bcp de difficulté. Ça change des bateaux de location ordinaires ! Et au portant, le PA contrôle bien le bateau même par 30 nds, pas d’empannage intempestif. On peut facilement tout faire seul ou à deux.

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